Où se cache le temps d’en dire ?
Il est de ces mystères qui sabordent toute cohérence dans notre manière de penser. De ceux qui vous précipitent dans une totale circonspection dès que vous en avez circonscrit les étranges contours, ou tout au moins compris qu’ils pouvaient ne même pas en être dotés.
Si le présent, telle une lame de rasoir infiniment fine, ciselle la temporalité de notre existence, de manière aussi adroite que l’on pourrait être amené à le prétendre, comment diable notre parole et nos actes pourraient-ils être vécus de manière sensible ?
Si le temps se trouvait affublé d’une granularité telle que nous ne puissions appréhender chacune de ses tranches, telles des vagues étiquetées “maintenant” toujours mouvantes, qui n’auraient rien à voir avec celles du temps d’avant, et encore bien moins avec celles du temps d’après, comment donc notre esprit se révèle-t-il à même de disposer en son sein d’une “machinerie” qui puisse les appréhender et les assembler à l’envi et suivant son bon vouloir ?
D’autant plus que c’est en surfant sur le sommet de la vague du “maintenant” que cette chose aberrante se verrait contrainte de se réaliser. Ce que j’entends par là c’est que l’idée de n’être qu’au présent nous impose de ne penser qu’au présent, alors même que le temps de terminer cette phrase, à aucun moment cette dernière ne se sera vue, entendue, et comprise dans sa globalité en cette même fraction de temps, hypothèse qui me semble ici ô combien illusoire voire inintelligible.
Il est là une sorcellerie qui échappe à ma réflexion, laquelle ne se gêne même pas pour mêler des choses qui furent, mais qui ne le furent jamais de façon concomittante.
Il me semble que le temps sensible soit une mystification parfaite d’un concept totalement inconsistant.
Et pour le dire de manière crue, je prétends que ce temps-là n’existe pas, ou pour me paraphraser encore un peu plus, que le présent n’existe pas.
Une réalité tangible expose pourtant un support sur lequel s’étalent nos vies mais je demeure en peine à ne serait-ce que pouvoir le symboliser (le matérialiser conceptuellement).